Sports nature, photographie, Combe de Savoie, et autres…
La Grande Casse : Cordée historique 150 ans après
Alors que dans tout le département, on célèbre cette année le 150ème anniversaire du rattachement de la Savoie à la France, Pralognan-la-Vanoise, un village de caractère qui fait décidément tout pour se faire remarquer, fête un autre événement datant de la même année très exactement mais qui éclipsa presque le scrutin couru d’avance. Il s’agit du 150ème anniversaire de l’ascension de la Grande Casse, plus haut sommet du massif de la Vanoise et de la Savoie, culminant à 3855 mètres. Cet célébration constitue même le fil conducteur des nombreuses animations estivales de cette station jusque sur la couverture du guide station présent dans les chambres d’hôtel et ailleurs. Les festivités qui entourent cette cordée historique sont donc pour Pralognan une occasion rêvée de se remémorer, avec l’aide des anciens, l’histoire du village, et au-delà, l’histoire de la grande tradition des guides dans la région ainsi que les débuts de la montagne comme destination touristique pour l’alpinisme.
C’est donc William Mathews (1828 – 1901) qui le premier se mit dans l’idée de gravir la Grande Casse par la voie des Grands Couloirs le 8 août 1860, alors qu’il cherchait le mont Iseran, supposé constituer le point culminant du massif. A la grande surprise de ses habitants, il débarque à Pralognan depuis Tignes, le vallon de la Leisse, et le col de la Vanoise, et réquisitionne pour l’accompagner, un certain Etienne Favre, meilleur chasseur de chamois du village (Favre, Vion, des patronymes qui ont marqué cette histoire de l’alpinisme à Parlognan, et que l’on retrouve encore logiquement parmi les guides locaux aujourd’hui). Tandis que la Vanoise étant à cette époque toujours dépourvue de guide, c’est Michel-Auguste Croz, guide à Chamonix qui chapeaute l’équipe. Si à Pralognan, on ne comprend d’abord pas l’utilité de gravir une montagne sans autre but que de gravir celle-ci, on n’est pas long à réaliser le potentiel qui se cache derrière cette drôle d’aventure. En effet, si les honneurs vont aujourd’hui à William Mathews, co-fondateur de l’Alpine Club de Londres, il faut bien comprendre que jamais une telle ascension dans des pentes avoisinant les 45°, et ayant nécessité la taille dans la neige de plus de 1000 marches, n’aurait pu se faire sans l’aide précieuse des gens du coin. Dans le film « Petit Berger de la Vanoise » retraçant l’histoire de cette épopée, le vieil homme raconte à propos de ces alpinistes venus d’Angleterre : « diable : ils payaient bien ! »
Parmi les autres étapes de la naissance de l’alpinisme à Pralognan : la seconde ascension 16 ans plus tard (1876) par Henri Cordier, jeune étudiant parisien de 21 ans, puis 11 ans plus tard (1887) la première voie en face nord (arête des Entonnoirs) par Pierre Puiseux, qui réalise aussi la petite face Nord en 1887, devenue aujourd’hui le deuxième itinéraire le plus pratiqué après les Grands Couloirs.
Actuellement, l’ascension de la Grande Casse peut compter jusqu’à 80 candidats par jour, certains guides l’ayant pratiqué jusque 200 fois, ce qui classe Pralognan parmi les premières places pour l’alpinisme dans les Alpes, avec Chamonix, La Bérarde ou Zermatt.
Pour célébrer cet anniversaire, l’office de tourisme de Pralognan-la-Vanoise (dans le canton de Bozel) et son partenaire Savoie Mont-Blanc ont donc décidé de reproduire une cordée, avec cette fois beaucoup d’amateurs de randonnée et d’alpinisme, et surtout certains descendants des protagonistes de l’époque. Ainsi, Mark Mathews, petit neveu de William Mathews, est-ils présent, tandis que d’autres guides représentent Favre et Croz (ceux-ci, en tenue d’époque), pour effectuer cette nouvelle cordée historique. L’Alpine Club de Londres est également largement représenté tandis que de nombreux guides de la régions, et journalistes français et étrangers, ont fait le déplacement pour immortaliser cette « reconstitution » en prenant part eux aussi à l’ascension, pour leur plus grand plaisir, et avec quelques difficultés parfois, la grande Casse étant un sommet respectable… Également, l’alpiniste professionnel Lionel Daudet, ainsi que les voyageurs Jean-Louis et Audette Bernezat se sont joints à cette journée et ont réalisé eux aussi l’ascension de la grande Casse.
Malgré les récentes intempéries et une grande Casse coiffée de nuages jusque la veille de l’ascension, l’organisation aura été parfaite puisqu’en ce jeudi 24 juin, c’est sous un ciel étoilé que s’élancent, autour de 4 heures du matin, depuis le refuge de la Vanoise (2517 mètres), la trentaine de randonneurs décidés à atteindre le sommet de la grande Casse. Certains, nous les avons d’ailleurs photographiés depuis la montagne d’en face (la pointe de la Réchasse) ayant d’abord gravi la pointe Mathews, comme pour être tout à fait fidèles à ce qui se produisit à l’époque.
Mark Mathews est ostéopathe fondateur de l’association Sunflower trust, au sein de laquelle il vient en aide aux enfants en situation de difficultés comportementales.
Prochain rendez-vous à Pralognan pour poursuivre la célébration de cette ascension historique : la fête des guides, le 8 août 2010.
Ci-dessus les images avec d’abord l’Alpine Club. Puis sous les flashes constants des journalistes, la montée vers le refuge de la Vanoise en passant par le lac des vaches. Ensuite, l’interview de Lionel Daudet dans le refuge par un journaliste. Également, l’image de la grande Casse depuis la pointe de la Réchasse (avec, à seulement quelques mètres de la pointe Mathews, la silhouette de deux randonneurs anglais sur le point de toucher le sommet). Puis le retour de la cordée historique au refuge après l’ascension, avec le moment du déjeuner, le partage des récits, et les photos en costumes d’époque auxquelles se sont prêtés les guides et membres de l’office de tourisme de Pralognan. Enfin, quelques portraits de Mark Mathews lors de sa descente vers la station, arborant son tee-shirt Sunflower Trust.
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par Laurent le 24 juin 2010 à 23 h 02 min, et placée dans Randonnée glaciaire. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |


about 1 year ago
Merci pour ce reportage et les détails qu’il comporte, sans oublier les photos donnant une idée de ce que fut la montée (ou la descente) vers le refuge.
Une coquille s’est glissée sur une date (1976 au lieu de 1876)
about 1 year ago
Très beau reportage. Mais avec une ENORME erreur : contrairement aux quatre mousquetaires, la première ascension du 8 Août 1860 fut le fait d’un trio : William Mathews, Michel Auguste Croz et Etienne Favre.
Thomas George Bonney rejoint le duo Mathews-Croz le 14 Août 1860 à la Bérarde (Oisans).
Par contre, il est là avec Mathews et les deux frères Croz (Michel-Auguste & Jean-Baptiste) au Mont Pourri en 1862.
Et contrairement à ce que dit Henri Cordier, Bonney n’est jamais allé au sommet de la Grande Casse…. Relisez donc les premiers journaux de l’Alpine Club (ou Mathews nous conte son périple, in english of course), ainsi que l’article de Reymond Ferdinand dans l’Annuaire du CAF de 1876.
Une autre source : http://www.pralo.info/npds/article.php?sid=317
Et nous le répétons : même si en général le livre de De Leymarie est pertinent, l’erreur qu’il a glissé dans le chapitre sur l’ascension de la Grande Casse continue encore de faire du dégât. Même le splendide livre sur Pralognan de Laslaz et al. (2007, éd. L’Edelweiss) en a fait les frais.
Heureusement que la cordée de 2010 (et celle de 1997) n’est pas tombé dans le panneau…
NDLR : merci pour cette précision et désolé: trop de zèle de ma part, j’aurais du m’en tenir à ce que j’ai entendu sur place plutôt que d’aller compléter avec ce qui est écrit dans les livres !